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Des nouvelles, des idées, et d'autres trucs dans le genre.

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Des entretiens avec des personnes qui participent ou ont participé au développement de Shadowrun, que ce soit officiellement, ou en tant que fan.

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Une approche littéraire du Sixième Monde.

8.41

La novélisation de la campagne Soap-Opera Noir 8.41, maîtrisée par Leoric, avec Lucky (Jude), Appollo (Max Anderson) et le Banquier (Génosick) ainsi que des invités.

8.41 - Épisode I - Crazy Little Things Called Love

Conditions du scénar

Date : 18 mars 2012
Lieu : Bureau de chez les parents de Kyomi
MJ : Leoric
Joueurs/persos : Jude/Lucky – Max Anderson/Appollo – Genosick/Le Banquier – Renard Fou/Falkirk
Anecdote : 6h de pur roleplay entre minuit et 6h du mat’. On a dû faire 3 jets de dés (et encore). Et Renard qui a passé tout ce temps à nous attendre tout seul en Écosse. Et HK qui fout la merde dans mes relations de couple.

Ce qui s’est passé

« Putain mais tu te fous de ma gueule ?! T’appelles à 4h du mat’ pour que je file un coup de main à ton 2ème plan cul ? Ha non pardon, ton mec ! » 

Ok, visiblement c’était mal parti. Pour que ça soit plus clair, il faut sans doute que je revienne quelques mois en arrière.
...
Au début, il y avait ce mec. Sans doute le plus beau que j’aie jamais vu de ma vie. On a fait notre premier boulot ensemble et à la fin j’ai réussi à le ramener chez moi. Au bout d’un moment, on a fini par se mettre ensemble « pour de vrai ». Il était adorable, attendrissant, drôle, naïf, en plus d’avoir un physique ridiculement parfait. Ha, et le détail qui tue : il était amnésique. Son plus vieux souvenir remontait à quelques mois, au moment où il sortait d’une cuve. J’étais bien avec lui parce que c’était « gentil », à défaut de trouver un meilleur terme. Il me faisait oublier tous les trucs crades qu’il pouvait y avoir dans ma vie.
Putain, et dire que j’avais pas eu de petit ami depuis 6 ans !
Bref, ça c’était Appollo*

Ensuite, y’a eu cet autre mec. Au début avec lui c’était juste récréatif, les choses n'étaient pas encore sérieuses avec Appollo, alors je m’amusais. Et puis on s’est rencontrés lors d’un boulot à Lagos, et le cadre incitait pas mal à la détente. Qu’est-ce qui m’a attirée chez lui ? Il était plus vieux que moi (ben ouais ça joue !), vaguement beau gosse (une tête d’aryen en fait), il avait de la conversation et débordait de confiance en lui.
C’est à la run suivante que tout est parti en couille. On a fait ce boulot ensemble, et ça a été moche. Très moche. Je garderai toujours en tête cette image de nous 2 sous la douche, essayant de faire partir tout ce sang sur nos bras…
Du coup, après ça, j’ai continué à coucher (et à boire) avec lui parce qu’il SAVAIT. Il savait ce que j’avais fait parce qu’il avait fait la même chose. Il savait ce que je ressentais parce qu’il ressentait la même chose. Pour moi, c’était un mélange entre un frère d’arme et mon alter ego. Je suppose que les moments qu’on passait ensemble c’était pour essayer de combler un vide.
Voilà, ça c’était Le Banquier.

Chacun d’eux était au courant de l’existence de l’autre, et ça n’avait pas l’air de les déranger. Il y a quelques temps de ça, j’ai cru que je pourrais régler certains problèmes de mon passé. Mais en fait ça n’avançait pas, je n’avais ni preuve, ni vengeance. C’est comme ça que je me suis retrouvée à déprimer un soir, et à avoir envie d’alcool. Et de sexe. Et de réconfort. Alors j’ai appelé Appollo, et je lui ai demandé de me rejoindre dans un bar pas loin de chez moi. J’étais déjà bien entamée quand il est arrivé. Les souvenirs du reste de la soirée sont assez flous, mais je sais que je me suis comportée comme une vraie garce avec lui, qui essayait tant bien que mal de me soutenir.

Souvenir suivant : un hurlement. Il était 4h du matin et j’étais réveillée en sursaut avec une méchante gueule de bois par-dessus le marché. On était dans ma chambre, et dans le lit à côté de moi, Appollo s’était redressé**, il était en sueur, haletant, et surtout, ce que m’a fait vraiment flipper, c’est qu’il avait l’air paniqué, voire terrorisé.
Putain, je l’avais jamais vu perdre son sang-froid. Normalement il était toujours calme, maître de la situation, de bonne humeur en permanence, et là il se met à hurler en pleine nuit ? Ça craignait vraiment. Il était temps que j’oublie la barre sous mon crane et mes propres problèmes et que je l’aide. C’était mon copain après tout. Je voulais pas le perdre.

Quelques verres de lait (il ne boit pas de café) et explications plus tard, j’avais compris que ce qui le tracassait c’était son passé. Pour résumer : il n’en avait pas.
La première réflexion que je me suis faite c’était un truc vraiment égoïste : « Tu te rends pas compte de la chance que t’as. Moi j’ai un passé, mais il est tellement moche que souvent j’aimerais bien tout oublier. ». Évidemment j’ai fermé ma gueule. C’était pas le moment de nous déprimer encore plus, et visiblement il n’était pas capable d’avancer en laissant les choses telles quelles.

Ok, on allait donc enquêter sur le passé d’Appollo et essayer de découvrir d’où il venait. Comme pistes : l’endroit où il a été trouvé et une espèce de trip magico-mystique dans lequel il avait vu une femme et une petite fille qui lui ressemblait.

Et là, j’ai eu la pire idée de ma vie :
« Bon, tes premiers souvenirs c’est toi sortant d’une cuve dans une espèce de labo secret c’est ça ? Alors écoute, je connais un gars qui lui a été carrément élevé en cuve. Il m’a raconté qu’il faisait partie d’une série de clones. Peut-être qu’il pourra t’aider, il en sait sans doute plus que nous là-dessus. »
Évidemment, ce mec, c’était Le Banquier. Je lui ai alors envoyé un message qui résumait la situation et lui demandait s’il savait quelque chose qui pourrait aider Appollo…
Bon, apparemment, il ne dormait pas, il avait eu le message tout de suite, et ça ne lui plaisait pas. Il m’a rappelée immédiatement après, et il était pas content.
« Putain mais tu te fous de ma gueule ?! T’appelle à 4h du mat’ pour que je file un coup de main à ton 2ème plan cul ? Ha non pardon, ton mec ! »

Il a quand même fini par accepter de nous aider, on a enquêté, et là on est en route pour aller au Tir. Oui, tous les 3 (plus un autre mec chelou). Oui oui, Le Banquier nous accompagne. Et quand je lui ai demandé pourquoi il s’impliquait autant dans une affaire personnelle qui ne le concernait pas, il m’a fait la plus belle déclaration que j’aie jamais eue de ma vie.
« Si tu disparais, je foutrai le Tir à feu et à sang ! »
Ho putain. Merde. Je crois que je suis amoureuse de 2 mecs. Et on est parti pour une mission suicide. Et il y en a un qui a été entraîné dans tout ce bazar par ma faute. Et merde.

C’était pas le moment

J’aurais dû choisir entre les deux, mais c’était pas le moment !

* Non, il n’y a pas de faute d’orthographe. Il écrit vraiment son nom comme ça.

** Ha tiens, on était encore habillés, je devais être trop déchirée pour pouvoir baiser.

 

8.41 - Épisode II - A Kind Of Magic

 

Conditions du scénar

Date : 28 juillet 2012

Lieu : Le « salon » du squat de la RH

MJ : Leoric

Joueurs/persos : Jude/Lucky – Max Anderson/Appollo – Genosick/Le Banquier – Renard Fou/Falkirk

Anecdote : brève tentative de début de partie dans la pièce principale dès le début de la RH, abrégée suite à la perte de Renard Fou pour cause d’intoxication (on lui en veut !!!). Résultat on a passé toute la RH avec la même table.

Ce qui s’est passé

Je ne saurais pas dire si cette « mission » au Tir (Na Nog) s’est bien passée. Commençons par les points positifs : on a découvert pas mal de choses sur le passé d’Appollo.

Dans un rêve/trip mystique bizarre, il avait vu une femme avec une jeune fille qui lui ressemblait.


On s’était demandé si ça pouvait être sa femme et sa fille (j’étais pas ravie) ou sa mère et sa sœur. En fait c’était un peu pas du tout ça, et un peu des 2.

Quelques recherches préliminaires nous ont permis de savoir que la femme (une elfe) était médecin, elle bossait pour Universal Omnitech au Tir. Elle avait suivi l'équipe grecque pour les Jeux Olympiques de 2068. On avait donc son nom, un peu de son passé, mais pas beaucoup plus. Visiblement, elle résidait maintenant au Tir. Comme c'était notre seule piste, on n'avait pas d'autre choix que d'aller là-bas.
Pour s'y rendre, on est passé par l’Écosse. C'est un ork qui nous a emmené là-bas, un mec appelé Welson, commandant du GrassHoper. Très amical, on a bien accroché. Heureusement d'ailleurs. Notre contact en Écosse s’appelait McLear. Un type un peu étrange, qui vivait dans un immense domaine, avec un majordome et un borg. Il n'a accepté de nous aider à aller jusque là-bas qu'une fois qu’on lui a dit que c’était personnel. Et on a récupéré le borg, Falkirk, pour nous accompagner. McLear nous a donc mis en contact avec des contrebandiers qui nous ont débarqué à Dublin.

Une fois sur place, on avait le nom et l’adresse du médecin. Donc Appollo a décidé d’aller frapper chez elle. Je vous l’accorde, on fait plus subtil comme plan, mais bon… Elle n’était pas là, on a laissé un message. Elle a rappelé plus tard, et le premier truc qu'elle a dit c'est : « Apollo, c’est toi ? »
Pardon ? Elle l’appelle par son nom de runner, direct, comme ça ? Ça pue cette histoire…
On a donc pris un RDV avec elle pour plus tard, dans un pub de Dublin. J’y suis allé avec Appollo, Le Banquier et Falkirk restaient en couverture au cas où ça dégénérerait. Et elle a commencé à nous raconter.

Appollo fait partie d’une série de clones et son « numéro de série » c’est le 8.41, pour série numéro 8, 41 reprogrammations. Il a été « créé » il y a 2 ans, parmi toute une série d’individus développés et entraînés pour être des sortes de super agents corpo. Dans son cas, à un moment la reprogrammation mémorielle en cours a merdé, alors que le labo dans lequel il se trouvait était la cible d’une run. Du coup il a perdu toute sa mémoire, et il s’est échappé.
Et la fille qu’il avait vue en rêve ? C’est là que ça devient encore plus bizarre. Elle s'appelle Arianne et elle a été clonée à partir de lui, à partir d’une de ses côtes en fait. Les médecins qui l'ont créée semblaient avoir un sens de l'humour assez ironique. Maintenant elle « appartient » à un cadre de chez Universal Omnitech, on ne sait pas trop si elle fait office de fille ou de jouet sexuel pour lui. Glauque, vous avez dit glauque? Mais non, voyons...

C'est à ce moment que le crâne du médecin en face de nous a explosé. Visiblement, on avait été retrouvé et il fallait nous faire taire. A partir de là tout est flou. Apparemment les forces spéciales du Tir (rien que ça !) étaient en train de nous tirer dessus. Deux unités de 5 gars. La première tentait de rentrer dans le bar pour nous choper Appollo et moi, l'autre assurait leurs arrières dans la rue. On était totalement désarmé, alors quelle a été la première réaction d'Appollo? Leur foncer dessus et les prendre au corps à corps! Aussi fou que ça paraisse, la manoeuvre a été efficace. Il a réussi à en mettre plusieurs à terre. De mon côté, j'ai récupéré un flingue au vol qui venait de traverser une vitrine, et on a tant bien que mal réussi à sortir du pub. C'est là que j'ai pris une méchante rafale et que je suis tombée.
Dans la rue Le Banquier était vraiment mal en point et en train de se battre avec plein de mecs. Falkirk, lui, ne semblait pas avoir trop de mal à faire le vide autour de lui (ce mec est un monstre!).
On a quand même réussi à s’en sortir en appelant Welson à la rescousse. J'étais dans les vapes pendant le voyage, mais apparemment on a quand même dû tirer une roquette pour que nos poursuivants nous lachent.

Bilan du voyage? On connaît maintenant le passé d'Appollo. Et c'est pas drôle du tout. J'ai failli mourir, Le Banquier aussi. Par contre le borg et le mec qui prend les forces spéciales du Tir au corps à corps n'ont presque pas été touchés.


Quelques jours plus tard, à Seattle
Je m’en suis remise, tout va bien. Sauf que Le Banquier est injoignable. Pas moyen de l’appeler depuis plusieurs jours. Du coup je décide de passer chez lui… quitte à m’introduire par effraction dans son appart (Ben quoi ? Il avait qu’à me laisser ses clés !).

L’appart est totalement vide de ses affaires. Il ne reste plus rien de lui ici, sauf, posée sur la table, une bouteille de whisky, « clan McLear ». Que j’embarque avec moi en partant.

C’était pas le moment

J’ai failli mourir, mais c’était pas le moment !

8.41 - Épisode III - I'm Going Slightly Mad

 

Conditions du scénar

Date : Indéterminée
Lieu : Principalement des échanges sur le PiTo
MJ : Leoric
Joueurs/persos : Jude/Lucky – Max Anderson/Appollo – Genosick/Le Banquier
Anecdote: Pas une « vraie » partie, juste le traitement « roleplay » des conséquences

Ce qui s’est passé

Il m’a quittée. Il est parti, comme ça, sans même s’expliquer.
Ça me dévaste complètement. Jusque là, je ne m’étais pas rendue compte à quel point j’avais besoin de lui. C’est comme si quelqu’un était en permanence en train d’arracher un morceau de mon cœur.

J’ai quand même fini par avoir un message, qui n’explique rien du tout. Dans lequel il me dit « Pas une seconde ne passe sans que je pense à toi. [bla bla] On a changé, et je ne veux pas te revoir » suivi de plein de conneries sur la damnation, le fait qu’on se fait du mal etc.
Il ne comprend pas. Il ne comprend pas que son absence est bien plus douloureuse que tout ce que je peux ressentir quand il est là.
Je sais qu’il bosse pour McLear. D’après ce que j’ai pu comprendre, il fait son sale boulot. Je sais que je le retrouverai un jour. Il ne peut pas juste disparaitre de ma vie comme ça. Je le retrouverai et je lui mettrai mon poing dans la figure ! (ou je l’embrasserai).

Mais notre petite virée au Tir a eu d’autres conséquences. On a notamment appris que le « propriétaire » d’Ariane (la fille/sœur d’Appollo) avait été assassiné, et elle enlevée. Par un Apollo… Pas « le mien » évidemment, un de ses clones.

Bon, il est temps de me reprendre en main ! Finies la déprime et les idées noires, tant pis pour Le Banquier, je vais me consacrer à Appollo, il a davantage besoin de moi en ce moment.
Le problème c’est qu’il ne veut pas de mon aide. Avec ce qu’il s’est passé au Tir, j’ai failli mourir et maintenant il culpabilise et refuse de m’impliquer. Et moi je ne supporte pas de le voir s’éloigner.
Alors je sors le grand jeu : nouvelle coupe de cheveux, fringues sexy et soirée romantique pour mon anniversaire, histoire de nous rapprocher. Oui c’est futile, mais bon je fais ce que je peux.
Et cette soirée a été formidable ! Ma moto ayant explosé lors d’une mission précédente, il m’en a offert une nouvelle, customisée aux couleurs de la dame de cœur. Trop mignon je vous dis. Je me suis couchée avec des étoiles dans les yeux et des papillons dans le ventre.

Et après ça il est parti lui aussi. Je n’ai pas eu de nouvelle pendant plusieurs jours, et ça n’a pas été très compliqué de comprendre son plan. Il était parti au secours de sa fille/sœur, sans moi parce qu’il ne voulait pas qu’il m’arrive quoi que ce soit à cause de lui. Exactement ce que je lui avais demandé de ne pas faire en sorte.
Je me suis donc retrouvée toute seule, encore. Comme si j’avais 15 ans de nouveau, et qu’il n’y avait plus qu’Artémis pour veiller sur moi. Comme quoi j’ai vraiment un entourage original. Mes mecs ? Des clones (grands blonds aux yeux bleus de préférence, oui j’ai des critères très précis) ! Ma figure parentale ? Une IA, qui m’a recueillie et élevée quand j’ai débarqué en panique chez elle après avoir trouvé les cadavres de mes parents et de mon petit frère.

Maintenant, je bloque sur l’étagère de mon salon : un pot de miel, une bouteille de whisky, un casque de moto et les clés de l’appart d’Appollo *.

Et c’est là que McLear a débarqué avec une nouvelle mission (en fait il m’a plutôt retrouvée dans un bar).

C’était pas le moment

Je voulais juste être amoureuse, mais c’était pas le moment !




* Ouais, c’est le seul mec que je connais qui a encore un appart qui fonctionne avec des clés !

 

8.41 - Hors-série I - The Invisible Man

Conditions du scénar

Date : 18 août 2012
Lieu :   La terrasse ensoleillée de la Picardie, chez les parents de Max Anderson
MJ: Leoric
Joueurs/persos : Jude/Lucky – Daegann/May – Kyomi/Demeter – Joker/Green
Anecdote: Leo, quand il maîtrise, ses joueuses font des concours de T-shirts mouillés

Ce qui s’est passé

Il m’a proposé une run, qui semblait « classique ». Mais j’aurais dû savoir qu’avec lui rien ne se passe jamais normalement.

L’équipe avait l’air plutôt pas mal : May, une coréenne nouvellement arrivée à Seattle, qui du coup s’est retrouvée à squatter chez moi. Déméter, une femme d’une quarantaine d’années avec un comportement un peu maternel. Et Green, un mec beaucoup trop jeune pour être runner, avec des jambes cyber assez impressionnantes.

On était chargé de retrouver un certain « Burnout ». Et très vite, on s’est rendu compte que c’était la merde.

Première partie : se renseigner sur notre cible.

De son « vrai » nom, Domingo Ramirez. Il avait fait parler de lui ces derniers mois, associé à une cellule terroriste du Yucatan accusée de vouloir répandre un virus mortel en Amérique du Nord. Tout du moins c'est ce que les medias disaient. Un peu léger et pas suffisament fiable comme infos. On a continué à creuser. Mon appart était devenu le point de chute de l’équipe. Je crois qu’on a dû rester 2 jours enfermés, à fouiller sur la Matrice avec May et Déméter, pendant que Green nous fournissait en café et en Soybouffe.

Du côté des ombres, ce n’était pas exactement la même histoire. Burnout était un shadowrunner, hacker plus précisément. Il faisait partie d’une équipe qui avait été décimée. Welson l’avait connu et faisait tout pour nous persuader de laisser tomber.

Dernier signe de vie : détournement d’une navette suborbitale. Ça commence bien. Au Yucatan. Super. Après l’extermination du reste de son équipe. De mieux en mieux. Et la touche finale : la navette transportait un virus mortel, une souche de Beta-Ebola que Aztech voulait répandre sur l’Amérique du Nord… Arès était au courant, et ils n’étaient pas contents !

Comment est-ce que Burnout avait réussi à se sortir de ce merdie, sachant que son espérance de vie estimée après le décollage de la navette était de 30 minutes tandis que le temps prévu pour atteindre l’espace et la première station orbitale vaguement à portée était d'1 heure… Cette piste nous disait que ce mec était mort. En plus, il y avait une histoire d’arme biologique de destruction massive que se disputaient Aztech et Arès. Un truc beaucoup trop gros pour nous. Mais on n’arrête pas en cours de route quand on a dit oui à McLear. Il avait été très clair là-dessus.

C’était le moment de lui faire un retour. On a essayé par tous les moyens de lui faire comprendre que Burnout n'était plus de ce monde. Il restait persuadé du contraire, et voulait absolument qu’on continue le boulot. Alors c’est ce qu’on a fait.

Le vague soupçon de piste exploitable se trouvait donc être l’espace et cette navette. Pour cela, on nous a conseillé d’entrer en contact avec « Le Français », Serge Latour de son vrai patronyme. Sa réputation le précédait. C’était un intermédiaire spécialisé dans les opérations spatiales. Le genre de type qui opère sur le fil de la légalité, beau parleur, mais plutôt manipulateur. Un diner avec lui, ça se terminait généralement au petit matin sur un pas de tir avec un paquet sous le bras à livrer discrètement sur une station orbitale quelconque.

C’est Déméter qui était entrée en contact avec lui. Il voulait la rencontrer à Boston. L’autre bout du pays quoi. On a donc organisé un voyage là-bas. Déméter avait rendez-vous avec Latour dans un restaurant chic. Le reste de l’équipe s’est débrouillé pour avoir une place dans le même restaurant pas trop loin d’eux, histoire de pouvoir suivre ce qui se passait.

Le type s’est retrouvé fidèle à sa réputation. Beau parleur, manipulateur ? Totalement. A la table à côté, on hésite entre une attitude professionnelle et des ricanements. Déméter est totalement sous le charme du Français, ça crève les yeux. Et lui il crève d’envie de se la taper.

Ils vont passer tout le repas à négocier : qu’est-ce qu’on veut comme info, et qu’est-ce qu’on est prêt à payer pour les avoir. A la fin du repas, ils partent ensemble en limousine. Et demeter coupe le contact avec nous. Le lendemain, elle a des infos, et apparemment pas une très haute opinion d’elle-même.

Latour lui a confirmé qu’il y aurait des traces comme quoi la suborb détournée par Burnout serait bien sortie de l’atmosphère, avec une éventuelle arrivée possible dans une station spatiale. Il a aussi parlé d’un atterrissage clandé en Floride.

Direction : Miami. Wouhou ! Au moins cette affaire m’aura fait voyager.
Sur place, on recommence à fouiller sur Burnout, sa vie, son œuvre. Et on ne trouve pas grand-chose. L’impasse, chou blanc. Alors on se replonge dans la matrice, et on cherche n’importe quoi sur ce mec. La seule info vaguement intéressante qu’on trouve, c’est un groupe de punks duquel il aurait fait partie. A Seattle…

Et si en revenant de l’espace il avait repris contact avec eux ? Allons-y, c’est pas comme si on avait une autre piste.

Retour à Seattle donc, et rencontre avec ce groupe de musique. Visiblement le mec n’avait pas laissé que des bons souvenirs. Tout le monde avait l’air d’avoir un truc à lui reprocher. Par contre, pas moyen de les faire parler.

« Ouais c’était un connard, il a foutu la merde, mais on va pas le balancer. »
L’un d’entre eux a quand même l’air d’en savoir plus que les autres. Il arrive à nous voir sans que les autres ne s’en rendent compte.
« Fuck Burnout, fuck l’omerta. Burnout a causé suffisamment de tord au groupe pour que je l'en considère exclu de fait ! »

Rien du sûr, mais y’a des rumeurs qui disent qu’il serait de retour dans le coin. Et qu’on lui aurait fourni une nouvelle identité. Il s’avère que Green a des contacts dans la mafia du coin. Ils auraient aidé à filer une nouvelle identité à un mec qui pourrait être Burnout. Enfin on avance ! On a une adresse.

Après tout ça, enfin du concret ! On se pointe à cette adresse, un immeuble d’habitation. Maintenant, comment savoir lequel de ces innombrables appartements est le sien ? On se disperse dans le hall d’entrée pour vérifier les noms. Et c'est là que c’est parti en couilles.

On n’était pas les seuls sur place. Visiblement Aztech avait eu les mêmes infos que nous. Et ils étaient plus nombreux. Et vachement mieux matossés (ça devient une habitude !). On tente une retraite expéditive, tout en appelant McLear pour qu’il nous sorte de là. Il finit par arriver, mais entre-temps il y a eu de la casse : Green est en train de se vider de son sang, et j’ai perdu un bras. Le gauche évidemment !

Voilà le bilan : on ne sait toujours pas si ce mec est vivant ou mort, Green a failli y passer, j’ai un bras en carton, et on est tous recherchés par AZT. Super… En plus de ça, je suis planquée dans un hangar à Fort Lewis, avec rien à faire (pas d’accès à la matrice évidemment) et un mec pas sympa et pas vraiment ravi de m’héberger.

C’était pas le moment

J’ai voulu edger, mais c’était pas le moment !

 

8.41 Épisode IV : Under Pressure

Conditions du scénar

Date :
Lieu :     Le salon de Leo et Carla
MJ : Leoric
Joueurs/persos : Jude/Lucky– Max Anderson/Ap(p)ollo/Clark – Genosick/Le Banquier
Anecdote: Invitée surprise ! Jude-Lucky qui n’était normalement pas prévue sur ce scénar. Du coup j’ai passé la moitié du temps dans la chambre à lire Nana.

Ce qui s’est passé

Au bout de quelques jours à me morfondre là-dedans et à passer par les phases devenues habituelles dépression-colère, je prends une décision : j’arrête de m’apitoyer sur mon sort et je reprends mon autonomie vis-à- vis des 2 connards invincibles. Ce n’est pas possible d’être dépendante de ces mecs à ce point-là. Et il est temps d’arrêter ce putain de complexe d’infériorité ! Ouais, c’est des surhommes inarrêtables, et alors ? Ils n’ont aucun mérite, ils ont été créés pour ça (plus tard je me reprocherai cette réflexion). Le Banquier peut faire sa vie ailleurs sans moi, j’en n’ai rien à foutre. Et la prochaine fois que je vois Appollo, je lui dis ses 4 vérités et je le largue ! (mauvaise foi quand tu nous tiens)
Justement, qui finit par passer la porte du hangar ? Appollo ! McLear a l’air surpris de le voir, on ne sait pas trop comment il m’a retrouvé, mais bon… L’écossais nous laisse tous seuls pour qu’on puisse s’expliquer.
En bref, il est vraiment désolé de m’avoir laissée, il ne recommencera pas, il tient vraiment à moi etc. Et moi je suis tellement soulagée de le revoir que ma colère fond très vite, et je ne suis même pas capable de lui dire ce que j’avais répété pendant des heures. De son côté, sa recherche de sa fille-sœur ne semble pas vraiment avoir avancé, et il voudrait savoir ce que j’ai trouvé de mon côté. Allo ? Tu te souviens que tu as fait ces recherches sans moi ? Et que de mon côté j’ai fait des trucs qui n’ont absolument aucun rapport ?
C’est à ce moment que McLear revient. Et sans hésiter, il descend Appollo. Pendant ½ seconde je me demande ce qu’il se passe. Et puis ça fait tilt. Mais bien sûr ! Ce n’est pas « mon » Appollo, c’est un des clones. Quelle conne !
On est découvert, c’est donc la fuite ! On sa barre en courant du hangar avec McLear, et sur qui on tombe ? Le Banquier ! Visiblement, lui et Appollo (le vrai, le mien ce coup-ci) avaient été appelé par McLear quand il avait vu qu’on m’avait retrouvée et que c’était la merde.
J’ai quand même le temps de lui coller un pain (victoire minime mais qui fait tellement de bien !) avant qu’on monte dans une voiture, direction une autre planque. Je commence à lui gueuler dessus, tout ce que j’ai à lui reprocher a besoin de sortir, et lui il me rétorque « tu crois vraiment que c’est le moment là ? ». Ok, admettons, pas vraiment.
On a des nouvelles d’Appollo. En arrivant à Fort Lewis, il a reçu un message de Rex. Apparemment, un clone arrivait chez lui. Du coup, Appollo a foncé chez lui pour le sauver.
On finit par arriver chez Rex. Et on tombe sur Appollo en train de tenter un massage cardiaque sur le shaman. Visiblement il est arrivé trop tard. McLear prend les choses en main, tout ce qu’on peut faire maintenant c’est lui fermer les yeux.

Appollo est complètement démoli. Il est plein de sang, en train de pleurer sur le cadavre de son ami. J’essaie de le réconforter, de le prendre dans mes bras, mais je sais bien que ça ne sert à rien. Je n’ose même pas imaginer dans quel état je serais à sa place, si je devais perdre Artémis.
Faut pas rester là. On finit par réussir à bouger Appollo, et direction une nouvelle planque. On débarque donc tous les 4 dans ce qui devait être un loft sympa à une époque mais qui est maintenant vide, et brûlé. Ça a l’air assez récent. Comme seul mobilier, un seau et une chaise, sur laquelle je m’écroule.
Faisons un bilan rapide de la situation. Les recherches d’Appollo pour retrouver Ariane l’ont mené vers un banquier (juste un banquier normal, pas Le Banquier) et McLear a mis Le Banquier avec lui sur l’affaire pour extorquer des infos au mec (mais pourquoi ? que vient faire McLear là-dedans ?). Ils ont fini par apprendre que ce mec n’était pas vraiment mort, l’attentat avait été simulé, et il se planquait maintenant à los Angeles, sans doute avec Ariane.
Ha et aussi, Appollo a réfléchi de son côté à un nouveau nom. Après tout Apollo c’est juste un nom de série, ils sont on ne sait combien de clones à s’appeler comme ça, et il veut être bien plus qu’un numéro. Du coup maintenant, il veut se faire appeler Clark (non mais franchement !).
De mon côté je me posais la question : « comment ils mont retrouvée ?» Et là j’ai su. Juste avant de me retrouver « enfermée », j’avais passé un coup de fil à Artémis, pour la prévenir que j’allais me mettre au vert quelque temps. Et merde Artémis ! Si ça se trouve ils sont remontés jusqu’à elle aussi !
Coup de fil à la maison : rien ne répond. Putain putain putain ! Coup de fil aux potes du gang qui trainent dans le coin
« Ouais, y’a ton mec qu’est passé y’a pas longtemps, mais t’étais pas là…
_Quoi, mon mec ? Mais lequel ? (non non non non non putain, je connais la suite)
_Le grand, là, l’elfe…
_Et il est encore là ?
_Je sais pas, on l’a pas vu partir… »
Et merde, Artémis. Du coup, Le Banquier (mais pourquoi lui au fait ? Sur le moment j’y ai pas réfléchi) part chez moi pour voir si on peut encore choper le mec et surtout sauver Artémis.
Évidemment quand il arrive, plus de clone. Mais plus grave, plus d’IA non plus…
Alors comme ça maintenant ils s’en prennent à nos proches ? Évidemment, McLear trouve les mots qu’il faut :
Le Banquier : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
_Il ne reste plus qu’une seule chose à faire : se venger ! »

C’était pas le moment

Je voulais le quitter, mais c’était pas le moment !

8.41 Épisode V : Another One Bites The Dust

Conditions du scénar

Date : 10-11 novembre 2012

Lieu : le salon de chez Leo et Carla

MJ : Leoric

Joueurs/persos : Jude/Lucky – Max Anderson/Ap(p)ollo/Clark – Genosick/Le Banquier

Anecdote : grand moment de joueur, à la fin de la partie le MJ qui te sert dans ses bras en s’écriant « Ouiiiiii merciiiii ! » 1 : parce que c’est totalement roleplay et 2 parce qu’il en peut plus et que ça va lui permettre d’aller se coucher. Mais bon, si on perd un perso à chaque partie ça va pas être facile cette campagne…

Et le débat infini sur comment choper la « fréquence police » en 2071.

Ce qui s’est passé

Artémis est morte. Et Clark aussi, enfin pendant presque 1h, et même Le Banquier a failli y passer. Les personnes que je pensais intouchables, ils avaient tous l’air tellement invincible ! J’aurais dû savoir que personne n’est immortel. Et c’est entièrement de ma faute.

Quelques heures plus tôt

Obsession n°1 après les dernières infos obtenues : retrouver Artémis. Si elle reste trop longtemps coupée de la matrice elle va y passer. Je décide donc de retourner chez moi pour voir si elle n’aurait pas laissé des traces. Clark vient avec moi.

Sur place : rien ! Je fais le tour de toutes les installations plus ou moins matricielles de l’appart, tous les logs, tous les fichiers, rien ! Tout a été réinitialisé. En revanche, dans le couloir en face de la porte, je repère un dispositif. Visiblement, la place est surveillée. Ça tombe bien, ça va nous permettre de remonter jusqu’à eux. Pendant que Le Banquier remonte la trace matricielle, je fais un sac avec les affaires dont je risque d’avoir besoin. Je ne suis pas sûre de revenir ici un jour. Sans oublier bien sûr le contenu de l’étagère. Un pot de miel, une bouteille de whisky, un trousseau de clés et un casque de moto.

Justement, avec Clark on descend au sous-sol. La moto est là, et elle est magnifique ! Et dire que je ne m’en suis jamais servi. Vu qu’on m’a déjà fait le coup de la moto explosive, je fais gaffe et j’ai bien raison : planqué sous le réservoir un machin explosif. MacGyver* style, je balance ça, ça explose plus loin dans le parking, et on décolle, chacun sur sa bécane. Je pensais qu’il aurait du mal à me suivre, mais en fait ça va, il pilote presque aussi bien que moi. Putain, mais y’a vraiment RIEN où je peux les surclasser ?

En route on reçoit un coup de fil du Banquier. La trace de l’appareil du couloir remonte jusqu’à des entrepôts à Renton. On se retrouve là-bas.

Sur place, on franchit sans trop de mal la porte d’entrée (on reste des runners quand même), et on finit par repérer un entrepôt avec des mecs armés à l’intérieur. Ça doit être ceux qu’on cherche, et je suis sûre qu’ils ont Artémis. Du coup je fonce, je veux la récupérer !

Je regrette. Je regrette tellement ! Toute cette nuit passe en boucle dans ma tête, et je n’arrête pas de penser à ce que j’aurais pu, ce que j’aurais DÛ faire autrement C’est à ce moment-là que j’ai merdé, tout ce qui s’est passé après c’est entièrement de ma faute, et ça me poursuivra toute ma vie.

Je vais pour ouvrir la porte. Au bout de quelques secondes de bidouillage électronique, elle m’explose dessus. Ha, tiens, ce n’est pas ce que j’avais prévu. Je suis un peu sonnée, mais rien de grave. Les hostilités s’engagent avec les 2 mecs à l’intérieur. Clark se retrouve aux prises avec l’un d’entre eux à l’extérieur du hangar, pendant que Le Banquier et moi on s’occupe de celui resté à l’intérieur. On finit par l’avoir, mais Le Banquier est salement touché (excuse-moi !). Lui va aider Clark dehors, moi je reste dedans pour chercher Artémis. Je finis par trouver une unité centrale, défoncée. Ce connard a tiré dedans au fusil d’assaut ! Vite vite vite, il y a encore moyen de la sauver. J’arrive à extraire le disque dur, et je sors de l’entrepôt pour qu’on se casse en vitesse.

Scène d’horreur. Un Apollo, Clark et Le Banquier sont en train de se vider de leur sang, et ils ont l’air presque morts. Merde merde merde ! Je sais ce qu’il faudrait faire, en théorie, mais en pratique je ne sais pas prodiguer les premiers soins moi ! Bon, on reste calme, un tranq’ patch chacun, j’arrête les hémorragies comme je peux, et, et, et… J’ai plus qu’à espérer que ça suffira, je ne peux rien faire d’autre pour eux.

Par contre pour Artémis si ! Je fonce à l’entrée où j’avais repéré un ordinateur, et je la branche dessus. Ça commence à charger, ouf, elle est peut-être sauvée. Allez allez allez, putain de barre de chargement, avance plus vite !

Sauf que de nouveaux ennuis rappliquent. Le Banquier avait piraté les fréquences de la Lone Star, et je les entends toujours. Ils arrivent ! Coup de fil en urgence à McLear, « on est à tel endroit, Le Banquier et Clark sont en train de se vider de leur sang, on a besoin d’une évacuation URGENTE ! ».

Il a fini par arriver. Il nous a évacués. Mais Clark est vraiment mort, même si il a finit par revenir grâce à je ne sais quel miracle médical. Le Banquier s’en est sorti aussi, mais de justesse. Ils ont tous les deux passé une semaine dans le coma.

Mais pas Artémis. Je n’ai pas réussi à la ramener. Il y a 6 ans, elle avait récupéré une gamine perdue et terrorisée qui trainait dans les Barrens et elle en avait fait plus qu’une femme, une runneuse. Plutôt bonne en plus. Et maintenant elle n’est plus là. C’est comme si je perdais mes parents une seconde fois, et c’est entièrement ma faute.

McLear a très bien résumé la situation : « on dirait que vous semez la mort autour de vous ». C’est exactement ce que je me suis dit. Alors pour éviter de continuer à entraîner les autres dans mon cauchemar personnel je suis partie. Je leur ai fait exactement ce que je leur avais reproché. Mais je leur ai quand même laissé un souvenir.

Au Banquier, mon pot de miel. Parce que c’était ce qui nous reliait, c’était le symbole du moment où on a basculé. En te le laissant je coupe les ponts avec toi.

A Clark/Appollo, les clés de son appart. Parce que je n’y reviendrai pas, je n’en ai plus besoin.

 

To : Le Banquier

From : Lucky

Objet : Départ

Je t'ai reproché d'être parti la dernière fois, et voilà que je fais la même chose. Mais du coup, je suppose que tu comprendras.

McLear l'a dit, je sème la mort autour de moi. Ce coup-ci Clark est vraiment mort, toi aussi tu as failli y passer. Pourtant je pensais que vous étiez indestructible. Et moi j'ai rien pris, je m'en suis sortie sans une seule égratignure. Alors que je n’ai même pas réussi à sauver Artémis. C'est comme si je perdais mes parents une deuxième fois. Je me sens comme maudite, j'ai l'impression que j'entraîne à la mort toutes les personnes qui me sont proches. Mais je supporterais pas de te voir mourir.

C'est marrant, j'ai jamais connu ton vrai prénom. Quand on couchait ensemble, et que tu murmurais "Lucky" à mon oreille, je ne pouvais pas en faire autant. "Le Banquier" c'est pas très sexe...

Bref, je suis partie, et je ne pense pas qu'on se reverra.

Mais je t'aimais tu sais.

Essaie de rester vivant. Abschied,

Robin

 

To : Clark

From : Lucky

Objet : Départ

Si tu reçois ce message, c'est que je suis partie.

Je suis désolée de te quitter comme ça, on n'a même pas pu s'expliquer. Et dire que je te reprochais de m'avoir laissée.

T'es vraiment mort cette fois-ci. Et Le Banquier aussi a failli y passer. Pourtant, avant ça, j'avais l'impression que vous étiez indestructible. Mais on s'est retrouvés dans cet entrepot pour MOI, vous avez été tellement blessés pour MOI, alors que de mon côté j'ai rien pris. Et j'ai même pas pu sauver Artémis. C'est comme si je perdais encore mes parents.

Visiblement, je sème les cadavres sur ma route. On dirait que tous les gens qui me sont proches meurent par ma faute. Alors comme je ne supporterais pas de voir l'un d'entre vous mourir encore, je m'en vais. Je te rends les clés de chez toi, je n'en ai plus l'usage.

Mais tu sais, je t'aimais.

Adieu,

Robin

C’était pas le moment

J’ai voulu tous les sauver, mais c’était pas le moment !




* Ou toute autre référence équivalente de 2071

 

8.41 - Épisode VI : Let Me Entertain You

ATTENTION, cet épisode peut choquer les personnes sensibles.
Ceci est une oeuvre de fiction, ni l'auteur ni les Shadowforums ne cautionnent les actes qui y sont décrits

Conditions du scénar

Date : 25/02/2013

Lieu : chez Fred

Joueurs/persos : Jude/Lucky – Max Anderson/Clark – Genosick/Le Banquier

Anecdote : La disparition la plus sale d'un PNJ introduit lors d'un hors série par quelqu'un d'autre. Micky, on ne t'oubliera pas.

Ce qui s’est passé

« Je sais bien que tu m’as friendzoné, mais laisse-moi essayer quand même. »

Ok, si tu veux Micky, je m’en fous de monter derrière toi sur ta moto, de toute façon on sait très bien tous les 2 que je suis meilleure que toi. Finalement la soirée s’annonce pourrie. Le lieu c’est pas un bar mais un squat, la musique est trop forte, le son mal réglé et l’ambiance est nulle. Ne paniquons pas. Un problème : une solution. Tout va mieux après un speedball et plein de vodka. De la coke ? Bien sûr ! Du flipside ? Evidemment ! Du Walt Disney ? C’est quoi ça ? Je m’en fous, j’essaie. Je vois des couleurs qui n’existent pas, la musique arrive désordonnée à mes oreilles, mais j’arrive enfin à m’amuser, à danser. Plus ça va et plus je perds contact avec la réalité. Le reste de la nuit est à la fois trop flou et pas assez… des corps, des rires, des mains qui me touchent, des phrases saisies au vol « T'inquiète, elle est trop défoncée pour dire non, fais toi plaisir. Et elle a l'air d'aimer ça, cette salope... Non, toi tu passes après ». (Putain mais ils sont combien ?) Et le réveil. Si jusque-là il me restait la moindre estime de moi elle a disparu à jamais.

Je ne peux pas bouger j’ai mal partout. Je sens quelque chose de gluant sur mon visage. Ça a l’air d’être du vomi. Avec un peu de chance c’est le mien. Tout ce que je peux apercevoir à travers mes yeux englués, c’est le plafond en béton brut. Je dois toujours être dans le squat.

Je sens qu’on m’attrape, qu’on me soulève, j’ai l’impression de me faire attacher. Et puis soudain on me saisit la nuque et je plonge. Je me retrouve la tête sous l’eau, sans doute dans un lavabo, et je n’ai même pas la force (ni l’envie) de me débattre. Un réflexe de survie se manifeste quand même : ne pas essayer de respirer. Mais au bout d’une éternité je ne tiens plus et je fais l’erreur : j’avale de l’eau et je commence à suffoquer. Je sens mes poumons se vider et je vois toutes ces bulles qui remontent à la surface. Voilà je suis en train de mourir. Fallait bien que ça arrive un jour, de toute façon je ne comptais pas vivre vieille. C’est tout ce que je mérite

Et puis soudain ma tête remonte. Je peux enfin aspirer une grande goulée d’air. Je m’effondre au sol en vomissant de l’eau. Encore ce plafond de béton. Bon, essayons de faire le point. Je suis toujours dans le squat. La douleur irradie de partout mais j’ai encore tous mes membres et rien de cassé. Contrairement à ce qu’il me semblait, je ne suis pas attachée. Sous mes mains, le plancher. On ne me tient plus. Avec moi dans la pièce, quelques gangers, tous endormis, ou assommés j’en sais rien et je m’en fous. À contre-jour, en face de la fenêtre, une silhouette de dos. Je ne le reconnais pas tout de suite mais quand il prend la parole, impossible de se tromper.

« Vous ne croyez pas qu’il est temps de changer de décor ?

_Allez vous faire foutre McLear ! J’ai envie de rien !

_J’ai besoin de vous.

_Je veux crever.

_Vous voulez rester comme ça ? Une épave ? »

Réagir. Se relever. C’est dur, tout mon corps n’est que douleur. Saloperie de redescente. Anesthésier tout sentiment, toute émotion, c’est indispensable si je ne veux pas m’effondrer et me mettre à hurler.

Il sort un flingue. Désigne les corps au sol.

« Il y en a un qui devrait survivre ?

_Donnez-moi votre flingue ! »

Je n’ai même pas hésité. Deux balles dans la tête, chacun. Ah non, il n’y en a pas assez dans le chargeur, le dernier n’en aura qu’une. Ça suffira. L’un d’entre eux est Micky, je ne sais même pas lequel et de toute façon ça ne change rien. Une belle âme, mon cul oui !

En même temps, venant d’un mec qui faisait le mac pour sa sœur tu t’attendais à quoi ? Cette histoire de « belle âme », depuis le début c’était juste une connerie de junkie !

Ta gueule la petite voix ! Je ne suis pas encore assez cinglée pour me parler à moi-même.

Je rends son flingue à McLear. Je le vois du coin de l’œil éjecter le chargeur vide et le remplacer. Je sors de la pièce pour me retrouver dans une cage d’escalier. Je descends les marches et je sens une odeur d’essence. Quand l’écossais sort de la pièce, je sens la puissance du souffle et la chaleur de l’appartement qui prend feu derrière nous. Dans la rue, en face de l’immeuble une berline noire. Je monte à la place du mort, et j’attends qu’on m’explique la suite. Les affaires reprennent.

 

Sea-Tac. Une cafétéria comme on en trouve par dizaines dans tous les aéroports du monde. En face de moi un café noir et de l’autre côté de la table, encore lui. Angus McLear, La Faucheuse. En général quand il apparaît ce n’est pas bon signe, ça annonce une mission à réussir à tout prix, pour des risques maximums, et une paie toute relative. D’un autre côté, vu où j’en suis, je n’ai plus rien à perdre, donc autant l’écouter.

Décollage pour Los Angeles dans 20 minutes (Los Angeles, comme par hasard), puis de là vers Zurich. Un homme à protéger, Dr. Roberts Black Oak, qui doit à tout prix témoigner dans un procès au Tribunal de Commerce International. Parties impliquées : NeoNET, Ares, Horizon, Saeder-Krupp contre Genetique, filiale de Medicarro, filiale d’AZT. Rien que ça. Une histoire de vol de brevet. Le docteur est déjà protégé par Europol, mais ça ne suffira pas forcément, et notre mission. C’est de s’assurer qu’il arrivera à temps et entier au tribunal pour pouvoir faire sa déposition. Le reste de l’équipe ? McLear me regarde avec l’air universel qui veut dire « c’est évident non ? ». Aïe. Ça doit se voir sur ma tête que je n’apprécie pas la nouvelle. Mais maintenant que l’idée est là, implantée dans mon cerveau, impossible de refuser. N’importe quelle excuse aurait fait l’affaire. Il paraît qu’on bosse bien ensemble, et McLear avait besoin de gens disponibles et « de confiance ». Je ne sais pas comment il peut encore penser ça de moi après l’état dans lequel il m’a retrouvée.

Les toilettes de l’aéroport, une douche, un paquet de fringues. Un tailleur jupe sérieusement ? J’ai l’air d’une avocate. On embarque et on décolle, L’écossais assis à côté de moi dans l’avion. Visiblement la mission lui tient à cœur, il va la faire avec nous. Direction Los Angeles pour les retrouver, eux.

Clark. Le Banquier.

C’était pas le moment

Je voulais tout laisser tomber mais c'était pas le moment...

This Is The End

La novélisation de la campagne noire et désespérée This Is The End.

Casting:

Lester "Enoch" Jenkins / Welson (Fenix)

Domingo "Burnout" Ramirez / Shy / Kavinsky (Hush)

William "Dobermann" Slater / Lead (Penangol)

Britany "Io" Hopper / Darkwood / Zach Hopper (Kyomi)

Le reste du monde (Leoric)

Le dernier vol du Grass Hoper

https://www.youtube.com/watch?v=QpR4p41F8G4

 

Je suis le dernier ork des cascades. Nous étions une tribu et nous avons été exterminés par Aztechnologie.

Pourquoi j’écris ces conneries ? Pour moi, déjà. et puis pour qu' on ne nous oublie pas.

Mais surtout, pour que le jour où vous aurez la possibilité de faire chier Aztechnologie, vous leur en mettiez une bonne de notre part. Même si c’est juste pour acheter la marque de chips concurrente, je serais déjà content.

 

On était à la base, de retour de mission. Darkwood promenait son joli petit cul elfique de chaman amérindienne. Shy me faisait son rapport en bégayant, comme d hab. Notre panzer, le Grass Hopper, semblait avoir souffert. Je l’avais prêté à Angus et ses potes. Ils l’avaient un peu poussé. Mais c'était le deal : le leasing de l'appareil prévoyait que je répondrai à l'appel d'Angus à chaque fois que nécessaire. Lead est entré, son cigare mâchouillé au bec. Il avait une caisse de whisky sous le bras. Tombée du panzer, bien sûr. Tout allait bien.

Raven est venu nous rejoindre. Le dernier fondateur des orks des cascades encore en vie. On devisait sur le capitalisme. Ils étaient tous persuadés d'être des putains d'anarchistes. Pour ma part, à part des délinquants douaniers, ça me paraissait fumeux.

 

Le sol s'est soudain mis à trembler. Une fois. Puis deux. La Vigie est descendue prévenir Raven. "Raven, ils arrivent...". Et il s'est effondré, du sang lui coulant du nez.

Des explosions, le sol qui continue de trembler.

"Ramassez les armes, on se casse". Tout l'équipage a commencé à bouger, sans poser de question. Nous étions à nouveau en opération. Plus de "pourquoi?" et autre conneries de ce genre. Les ordres et c'est tout.

Toutes les communications étaient nazes. Ces cons utilisaient un brouillage. Militaire vu l'intensité.

A la porte de l'entrepôt, les emmerdes. Des groupes d'intervention corporatistes investissaient la place, sans faire de détail. Ils défouraillaient dans tous les sens.

"Au Grass!", j'ai gueulé. On a commencé à progresser, les uns à la suite des autres, tous flingues dehors, en essayant de ne pas nous faire remarquer. Tant qu'on n'avait pas atteint le panzer, on ne servait à rien. Une fois dedans, en revanche...

Initialisation de la procédure de démarrage d'urgence. Initialisation des systèmes d'armement.

Le Grass venait à la vie, mais lentement, trop lentement.

Allez, allez, pensais-je.

 

On a été pris pour cible. On a riposté, comme de juste. Mais ça a commencé à créer un point de fixation, on n'arrivait plus à avancer. Il y en avait de partout entre le Grass et nous.

Raven s'est tourné vers moi : "Je vais les distraire, allez-y". Et il a commencé à se dégager pour attirer l'attention avec sa pétoire.

"Dis pas de c...", j'ai pensé, mais j'ai pas eu le temps d'aller plus loin, il était déjà parti et le temps de la discussion était passé. Il les a occupés un moment, en profitant des couverts.

On a couru tout ce qu'on a pu. Lead s'est arrêté un instant pour riposter. Comme toujours, cigare au bec, l'air mauvais, à défourailler avec sa sulfateuse. Shy et Darkwood ont réussi à monter dans le Grass Hopper. J'ai interpellé Lead pour qu'il rentre, il s'est mis à reculer lentement.

Et j'ai vu Raven. Un soldat au-dessus de lui, canon braqué.

"Fils de p...", j'ai pas eu le temps de finir, il lui a collé 3 balles dans la tête. De rage, j'ai aligné le gars et lui ai collé une bastos dans le casque. Sans résultat. Par contre, il m'a vu. Et a tourné son arme vers moi.

Initialisation terminée. Systèmes d'arme opérationnels.

"Prends ça dans ta gueule!"

D'un ordre mental, les autocanons ouvraient le feu et vengeait le dernier fondateur du clan des Cascades. Lead était monté, je l’ai suivi. Le Capitaine monte toujours en dernier. Moi en tout cas. Je courrai encore dans le panzer alors que celui-ci quittait déjà le sol.

"Tous au rapport, Artilleur?

-En place, on va se faire ces connards, résonna la voix de Lead.

-Senseur?

-Paré, Capitaine. J'ai des signatures partout. Et j'ai appelé de l'aide, me fit Darkwood.

Mystique, l'aide, s'entend.

-Mécano?

-Grass Hopper paré au combat. Je surcharge les Vigilant?

-Exact."

Le panzer prit son envol et sorti du hangar.

Dehors, un paysage de désolation. Des flashs illuminaient la nuit, des débuts d'incendies, des véhicules détruits, des corps. Et les troupes corporatistes.

 

J'ai commencé par nous dégager. Ayant évité un tir ou deux, on pouvait fuir. Sauver ce qui pouvait l'être. A ma grande honte, j'ai hésité. La situation était désespérée. Ma responsabilité allait à l'équipage, ma mission était de les ramener vivants. Coûte que coûte. Mais... Ils ont senti le flottement.

"Capitaine, ils sont en train de se faire tuer, qu'est-ce qu'on fait?!", hurla Darkwood, "on a 5 hélicos et 5 panzers d'assaut en ligne de mire".

Mais on appartenait à un clan, un peuple. Qu'il fallait défendre. Alors le Grass Hopper redescendit protéger les siens.

"Senseurs, je veux une solution de tir sur les Alcons. Mécano, tu me surcharges la batterie, ai-je ordonné.

-Aye, Capitaine", a répondu l'équipage.

 

Le Grass Hopper s'est jeté dans la mêlée. Esquive, tir, déport d'urgence. 3 au tapis.

"Grass Hopper, ici CoatenMoth, on vous soutient", ai-je entendu par la radio. Ce bon vieux Jet. Il était en vie. Mais son appareil n'était pas taillé pour le combat.

Nouveau dogfight, les panzers d'assaut se rapprochent, il faut vite qu'on se débarrasse des hélicos avant.

Plus que deux.

Plus qu'un.

 

Et une com' du CoatenMoth : "Grass Hopper, on est accrochés, Mayday!" Et plus rien.

Les panzers d'assaut sont entrés dans la danse. Manœuvre d'évasion, pour profiter de notre maniabilité supérieure.

"Senseur, je veux une identification de l'appareil qui vient d'abattre le CoatenMoth, j’ai craché.

-Là, Capitaine, fit Darkwood en me désignant une icône en surbrillance."

 

Un GMC Banshee, une tête de serpent peinte sur la carlingue. On allait lui faire bouffer sa pomme.

"Artilleur. Ne lui laisse aucune chance.

-Autorisation d'utiliser le Jabberwooky?

-Accordée. Senseur, brouillage maximal. Mécano, tu m'envoies tout sur les boosters latéraux."

 

Dans une manœuvre suicidaire, le Grass Hopper s'est tourné face à l'ennemi et a fondu sur les panzers d'assaut, droit sur le salopard à la tête de serpent. Les leurres ont volé, les missiles ont explosé tout près, mais pas assez pour nous faire dévier.

"Feu!", hurla Lead.

Le Jabberwooky percuta le panzer ennemi en plein sur les senseurs, grillant immédiatement le cerveau de son pilote ainsi que les systèmes électroniques des autres qui commencèrent à tomber comme des pierres.

Mais déjà, d'autres appareils apparaissaient sur l'IFF.

Vu d'en haut, il ne restait plus rien des Cascades. Juste nous. Ca n'en valait plus la peine.

"Senseur, ton ami est toujours là?

-Oui, tu veux privilégier quoi ? me demanda Darkwood

-La vitesse. Préviens-moi."

Toujours se préparer quand un esprit vous donne un coup de main. Ça fait toujours bizarre de passer le mur du son par surprise.

"Paré, Capitaine, fit Darkwood d'une toute petite voix

-Vas-y", ordonnais-je.

Et le Grass Hopper quitta les lieux. Vite, très vite. L'accélération nous plongea en voile noir. Je me fiais aux senseurs pour la vision mais aux commandes hydrauliques manuelles pour le pilotage.

On se trouvait loin, très loin. Un truc clochait. Ce n’était pas première fois qu’un esprit de Darkwood me poussait, mais les logs m’indiquaient que l’accélération n’avait jamais été aussi forte.

Tout à coup, l'alarme sonna.

"On est accrochés!", hurla Darkwood

Un missile nous avait suivis. Et il allait nous toucher.

Je tentais une esquive de dernière nanoseconde et inclinait l'appareil pour que le missile passe au plus juste. Mais c'était un Sparkle à sous munitions. Il libéra sa cargaison de minimissiles antivéhicules de courte portée qui frappèrent le Grass Hopper de plein fouet.

Le panzer s échoua durement mais tint bon. Bonne machine. La mienne.

"Tout le monde est entier?", que je gueule.

- Oh ma tête. ...". Lead qui se plaint. Parfait.

Je suis sorti de la cabine. Darkwood est étendue au sol, de vilaines traces rouges son corps sans vie. Et Shy à son chevet.

"Ca ne devait pas se passer comme ça. Ça ne devait pas se passer comme ça. Ça ne devait pas se passer comme ça. Ça ne devait pas se passer comme ça. ". Il a répété ça frénétiquement pendant une minute.

Darkwood avait trop tiré sur la bête pour nous protéger. Elle avait tout sacrifié pour nous.

Shy se tourna vers moi, les yeux baignés de larmes. Une arme à la main.

"Je suis désolé, mec". Et il se tira une balle en pleine tête sous mes yeux. Un créditube Aztechnologie roula de sa main. On est toujours trahi par les siens.

 

Je serais les dents pour ne pas hurler. Mais je restais le capitaine et je devais ramener ce qui restait de l'équipage a bon port. Je passais un moment à chercher toute d’avarie ou trace de fuite qui aurait pu être embrasée par une étincelle due à un dégât sur un système électronique.

Voyant que le nom du Grass avait été écorché, j’ai attrapé une bombe de peinture et en attendant le retour de Lead, j’ai corrigé ça.

Le Last Hopper. Dernière chance de ceux qui n’ont plus rien.

"C’est fait Capitaine, me dit Lead, j’ai jeté leurs corps dans la cascade."

Bien, c’est ainsi que ça doit être.

"On repart. Tu prends les senseurs.

-C’est parti"

 

On s’est planqués sur Seattle. Lead a pris contact avec Kavinsky. Quant à moi, j’ai fait plus ample connaissance avec la Meute pendant quelques mois. Transport en Europe, retour par Istanbul en les arrachant de la zéro zone. Je les voyais tous mourir à petit feu, leur humanité partant progressivement en lambeaux.

Le monstre s’exprimait chaque jour un peu plus chez Io, avec la faim de chair humaine. Enoch refusait tout simplement de mourir, malgré le cancer, malgré les blessures, malgré le métal qui prédominait un peu plus à chaque retour à la vie. Will pactisait avec le diable et le point de non-retour était dépassé depuis longtemps, comme le montraient les mutilations qu’il s infligeait en échange des pouvoirs nécessaires pour continuer. Et BurnOut, qui aurait pu passer pour normal, si la consommation délirante de drogues n’avait pas masqué une absence totale de volonté de vivre. Les autres s en fichaient de mourir. Lui s’en fichait de vivre, plus rien ne le rattachait a cette terre, à part la haine d Aztechnologie. Et le plaisir du pilotage, ce qu’on partageait tous les deux.

 

Je les ai transportés pour leur dernier voyage. Enoch et BurnOut ne sont jamais montes a bord du Last Hopper. Le premier est parti dans une gerbe thermonucléaire tandis que le second a foncé vers le soleil.

Et les trois autres, Angus, Io et Will ne valaient pas mieux.

J’ai atterris sur un parking pourri de Puyallup, ils le sont tous. Les Green Alamo nous attendaient. Et même Kavinsky et mon Lead que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois.

 

Angus faisait un massage cardiaque désespéré a Io quand ils sont entrés dans la cale. Le gamin de Io, Zach, était là. Ils ont tenté de la ranimer, mais le cerveau n’était plus irrigué depuis deux heures. Encore quelqu'un qui comptait sur moi et que je n’ai pas pu sauver. Zach s’est isolé, peinant à absorber la mort de sa mère.

Les autres ont entrepris de sauver Will dont le calvaire ne semblait devoir pas prendre fin.

On s’est retrouvés avec Lead, ça faisait des mois. Et les circonstances étaient pourries, comme de juste. Il trainait depuis un moment avec Kavinsky. Il était en train de me raconter comment le fixer avait refait le portrait à Ryan Mercury avec une paire de tenailles, quand Angus nous a interrompus.

Zach avait disparu. Les rechercher rapides sur le réseau nous ont donné une adresse a 10 minutes à tombeau ouvert. Kavinsky et Angus nous avaient devancés en Testarossa pendant qu’on perdait cinq minutes à voler une caisse.

Sur place, des putains de vans noirs libéraient leur cargaison d’insectes corporatistes, venus semer la mort, encore une fois. Angus était déjà dedans, Kavinsky en couvert à l’extérieur. Lead au volant et moi au fusil, on leur a foncé dessus. A ce moment, Zach s’est laissé glisser le long d’une gouttière pendant que le quatrième étage explosait. On l’a rattrapé, non sans nous faire copieusement canarder. Kavinsky a récupéré Angus et on s’est arrachés.

Mais Lead avait pris une balle dans la jambe. Elle avait touché la fémorale. Zach fit un garrot, mais des hématomes ont commencé à apparaitre sur son corps. Je me suis branché pour prendre le volant, il était livide. Dans le rétro, j’ai vu Zach regarder dans le vague, interroger les bases de données médicales de sa fac de médecine. Il jura.

"Quoi, qu'est ce qu’il a? ", je commençais a paniquer.

"Streetcutters. Des micros shrapnels qui déchirent les artères. On a cinq minutes pour un traitement nanotech. Et la clinique équipée la plus proche est a vingt minutes. Je suis désolé.

- Ca mérite bien un cigare neuf », fit Lead, imperturbable.

Niant la réalité, je roulais comme un fou, voulant tordre l’espace et le temps. Mais la voix posée et calme d’Angus résonna dans la radio.

« Lead, il est temps d’en finir, tu ne crois pas ?

- C’est bien mon avis, répondit l’intéressé.

- Welson, tu nous trouves un pont ? »

On s’est arrêtés sous un échangeur.  Lead s’est trainé contre un montant. Angus lui a tendu une bande de grenades. Lead a écarté un pan de son manteau, révélant toute une collection d’engins explosifs.

« Je sors toujours couvert, qu’il nous a fait avec un sourire torve.

Je lui ai attrapé le bras : « Gardez-moi une place là-haut, ça ne sera pas long.

- On boira à la santé de notre capitaine, t’en fais pas. Tiens, Welson. »

Il me tendit ses lunettes de soleil.

Zach s’approcha : « Je ne vous connais pas, mais je ne vous oublierai pas. Merci.

- Tirez-vous, fit Lead en attrapant une grenade et en détournant les yeux. »

On s’est remis en route, poursuivis par les vans, mais plus pour longtemps. Quand j’ai entendu l’explosion derrière nous, j’ai serré les dents à les briser.

La voix d’Angus a résonné : « Je ne vois qu’un endroit où on pourra être un peu peinards.

- Le Smelly Cat’s, fit Kavinsky. Bonne idée ».

On s’est rendu dans le bar à runner à tombeau ouvert. Quand on est descendus, mon volant était fendu.

Alors qu’Angus le poussait vers le bar, Zach s’en est pris à lui : « C’est moi où vous n’attirez que la mort et le désespoir ? Si je reste trop longtemps avec vous, je risque de crever ! Y a eu ma mère, maintenant ce gars, Lead. On va tous y passer si on reste avec vous !

- Avance, fit Angus en le menant rudement au travers du bar, jusqu’à la réserve. Entre là-dedans ».

On s’est assis au comptoir avec Kavinsky.

J’ai commandé trois bouteilles de whisky du Tsimshian, que je savais soumis à embargo et donc forcément produits de contrebande et j’ai posé trois photos devant moi. 

Et j’ai commencé à boire chaque bouteille méthodiquement. Les larmes coulaient sous les lunettes de soleil de Lead.

J’étais un capitaine qui avait laissé mourir son équipage.

J’étais un transporteur qui n’avait pas su ramener en vie ses clients.

J’étais le dernier ork des cascades.

Zach's Diary - Episode I

Zach’s diary

 

 

13/10/2071

Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. Tout devient terriblement confus dans mon esprit, ma perception du temps et de l'espace se brouille au fur et à mesure que les évènements s'enchaînent, que mes repères se perdent dans un bain de sang et de larmes, qu'on m'arrache ma vie morceau après morceau.

2 mois que je suis en cavale, que je me cache comme un criminel, ballotté d'un bout à l'autre du pays par des gens infréquentables - les seuls qui ont pris soin de moi quand j'étais à l'agonie. 2 mois que je ne suis pas rentré chez moi, que je n'ai vu ni famille, ni amis, ni Celle qui occupe mes pensées à chaque seconde. 2 mois qui m'ont paru une éternité, un long cauchemar dont je pensais ne jamais me réveiller.
J'avais tort.
Le cauchemar a pris fin. L’enfer a commencé.

Je crois que je l'ai su un peu avant. Sur l'Interstate, quand j'ai demandé dans quel état ils allaient revenir, j'avais eu comme un mauvais pressentiment, confirmé par la réponse hésitante de Johnny. Avec le recul, je crois qu'il savait. Il connaissait Angus Mac Lear. Il savait ce qui arrivait à ceux qui s'approchaient de la Faucheuse.
A ce moment là, il me restait encore de l'espoir. Oh, pas beaucoup, mais quand même. Je me disais : que reste-t-il à un homme à qui on a tout pris, si ce n'est l'espoir? Maintenant je sais que la vraie réponse est : la haine.

Ils sont arrivés dans le vrombissement étourdissant d'un appareil à poussée vectorielle, à moitié détruit - poussé au-delà de ses limites, tenant debout tout juste par miracle, et dont le nom était comme un avertissement cynique : le Last Hopper. Dans l'habitacle, Angus Mac Lear essayait de garder en vie ce qu'il restait de ma mère.
Ma mère.
Elle...
Elle ne ressemblait plus du tout à ce qu'elle était - ou du moins aux souvenirs que j'en avais. Si l'on m'avait dit à l'époque que 2 mois pouvaient autant métamorphoser une personne aussi forte, je ne l'aurais pas cru. Maintenant je sais que 24 heures suffisent.

Elle portait un treillis militaire, elle d'habitude si féminine. Je crois que c'est pour ça que je ne l'ai pas reconnue tout de suite. Ou alors c'est sa peau, terriblement pâle, déjà cadavérique, ces griffes inhumaines et cette corpulence d'athlète ou de monstre. Et tout ce sang...
Nicky a fait ce qu'elle a pu. Je ne lui en veux pas. Elle avait l'air désolée, et peut-être que j'aurais pu l'en remercier et lui dire que c'était une chic fille, si seulement j'en avais quelque chose à foutre de la compassion des gens.
Le biomoniteur disait qu'elle était morte il y a deux heures. Elle est morte en se vidant de son sang sur le sol froid de ce panzer dégueulasse, quelque part au-dessus du Golfe du Mexique, à mille lieues de tous les gens et endroits qu'elle aimait - avec pour seuls compagnons un mage à moitié fou, un pilote qui doit l'être tout autant, et ce semeur de mort qui se fait appeler Angus Manaan MacLear.

J'ai fui. Ils ne s'occupaient plus de moi ni de ma mère. L'elfe était apparemment en vie et ils se sont empressés de le stabiliser. J'espère qu'ils ont réussi à le tirer d'affaire, personne ne mérite de mourir comme ça.
Je ne sais pas combien de temps j'ai erré dans les rues de Seattle. Ces rues familières, que j'ai désiré revoir pendant chaque minute de mon interminable exil, me rendaient maintenant le reflet hideux de la solitude. Pendant 2 mois, l'équipe de runners ne m'a pas lâchée une seconde. J'avais toujours Nicky qui me surveillait du coin de l'oeil, Johnny qui essayait de faire passer ça pour de la discussion entre potes, et Xo qui débarquait de nulle part quand j'arrivais à me glisser hors de la planque.
Et maintenant que j'étais seul, je me sentais disparaître, j'avais l'impression de me diluer dans l'horreur des évènements - comme si le Zach que j'avais été et que j'avais pensé pouvoir retrouver un jour venait de se faire exploser en plein vol.

J'avais besoin de me retrouver, de reprendre contact avec la réalité, de redevenir moi-même. J'avais besoin que quelqu'un me regarde dans les yeux, non avec compassion ou avec mépris, mais avec amour, avec respect. Ce regard, qui s'est éteint pour toujours dans les yeux de ma mère, il ne restait qu'une personne qui pouvait me le donner.

J'ai volé un commlink jetable, et j'ai composé ce comcode connu par cœur, fébrilement, comme si ce geste familier m'était interdit ou impossible. Au bout d'une attente qui m'a semblé interminable, elle a décroché (un instant, j'avais cru que je n'entendrais plus jamais le son de sa voix, comme plus jamais je n'entendrai les intonations posées de maman, pleines de retenue et de tendresse). Je ne sais pas ce qu'on s'est dit, ce n'était pas important - seul comptait le miracle de cette voix fragile, vibrante d'émotion quand elle prononçait mon nom.

Je l'ai rejointe dans sa résidence universitaire. Sur le trajet, les gens, l'adrénaline ou la folie m'ont rendu à moitié paranoïaque. Je me retournais sans cesse, guettant les runners qui risquaient de revenir à chaque instant, j'essayais de deviner Xo à travers les toits des immeubles ou de reconnaître Steamer au volant des voitures qui roulaient à ma hauteur. Je suis entré dans la résidence comme un voleur, en rasant les murs, avec une peur qui me déchirait le ventre sans que je sache au juste contre quoi ou qui elle était dirigée. Et puis je suis arrivé devant sa porte, elle était là, et l'horreur s'est évanouie.

Je crois que si un jour je sombre dans le désespoir ou la folie, si un jour je deviens moi-même un de ces monstres qui me côtoient, si un jour je me perds dans les méandres de l'enfer et j'en viens à oublier même qui je suis, il me suffira d'appeler à mon souvenir l'image de Rose-Mary dans l'encadrement de cette porte, toute en passion et en pureté. Elle a surgi de nulle part, faisant irruption dans le voile de fuite et de mort qui avait drapé ma vie, ma Venus Anadyomène nimbée de flammes, les yeux pleins de larmes et les lèvres dévorantes de désir. En retrouvant la chaleur de son corps - senteurs d'iris et d'herbe fraîche - en retrouvant la douceur de ses caresses familières, la candeur de son rire et la franchise de son regard, je me suis abandonné à elle et en m'abandonnant je me suis retrouvé, moi Zacharias Hopper, 20 ans et la vie devant moi.

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14/10/2071

Ils ont fauché son âme comme on fauche le blé mûr, sans un bruit, si vite que la paille a tout juste tremblé.

[le passage qui suit est raturé. L'écriture se fait hésitante]

Je n'y arriverai pas. Non, je ne peux pas... J'essaie, j'essaie de toutes mes forces de formuler les mots dans ma tête, de les coucher sur le papier, de laisser une trace de l'horreur qui se déroule dans l'ombre... Pour qu'un jour quelqu'un sache, comme je sais désormais ce qu'ils ont fait à ma mère, ce qu'ils ont voulu faire au monde entier...

L'image s'est gravée dans mon esprit. Je sens encore sur mes lèvres le souffle tiède du dernier soupir de Rose-Mary, la langueur de son corps sans vie entre mes bras… et pourtant je suis incapable de décrire la scène, de raconter au monde entier comment les monstres d'Aztechnology ont assassiné l'innocence et la douceur mêmes, ma jeune fille en fleur, trop pure et fragile pour fouler de son pas insouciant la noirceur du monde…

Je n’y arrive pas… peut-être parce que ce serait un mensonge.
Je le sais désormais.
C'est peut-être un soldat AZT qui a pressé sur la détente, mais c'est moi qui ai conduit la bête jusqu'à elle, c'est moi et moi seul qui ai fait entrer la mort dans ce refuge. En mettant en danger la femme que j'aimais, en risquant la vie d'un être pour un moment de réconfort, j'ai vendu mon âme, je me suis rendu complice - sinon coupable - du meurtre affreux.
La douleur qui m'étouffe et me lacère le cœur en cet instant même est la moindre des punitions pour le crime que j'ai commis.
Pas de consolation. Pas de répit. Je trainerai jusqu'à la mort cette tache qui noircit mon âme, ce fardeau lourd de mille poids, cette blessure ouverte qui ne se refermera jamais.

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17/10/2071

Les évènements que je décris ici se sont produits juste après la mort de Rose-Mary, d'après les enregistrements de mes yeux et les échanges de messages. Dans ma tête, c'est confus, toujours cette impression de temps brouillé, comme si aujourd'hui était hier ou il y a 2 mois, et en même temps une éternité dont je suis prisonnier. Mais j'essaie d'être méthodique, comme me disait maman. Elle qui désespérait de me voir faire preuve d'un peu de rigueur, elle serait fière de moi en
Ou pas.
Elle verrait que son sacrifice n'a servi à rien, et elle prendrait son air triste et contrarié qui lui donne un visage si froid...

Comme elle me manque. Plus encore que pendant ces 2 mois d'exil. Comme si la revoir sur le Last Hopper... Non, ce n'est pas ça. La personne que j'ai tenue dans mes bras en sanglotant comme un enfant n'était pratiquement plus ma mère. C'est... je ne sais pas. Peut-être la façon dont me regarde Angus Mac Lear. Par moments, j'ai l'impression de voir ma mère dans le regard de ces yeux vert émeraude.
Par moments, je crois devenir fou...

De la méthode. J'avais dit : de la méthode.
Décrire la suite. Raconter. Le monde doit savoir.
Je ne sais plus bien comment je suis sorti de la chambre de Rose-Mary, prise d'assaut par les forces Aztechnology. J'ai dû m'enfuir par la fenêtre. Angus Mac Lear est arrivé, une fraction de seconde trop tard (une fraction de seconde, une éternité, qu'importe? Rose-Mary est morte. ROSE-MARY EST MORTE.)
Les amis d'Angus Mac Lear ont surgi au détour d’une rue, en voiture, et ils m'ont récupéré sous les tirs ennemis. Il y avait Welson, et ce type qui s'appelait Lead.
Lead.
Il a reçu une balle dans la jambe. J'étais aveuglé, étourdi par la douleur, harcelé par le souvenir de Rose-Mary perdant la vie entre mes bras, alors je n'ai pas vraiment fait attention à ce qui se passait dans la voiture. Et puis Lead a commencé à être vraiment mal... il s'est fait un garrot n'importe comment, alors j'ai filé un coup de main, mais il continuait à devenir tout pâle, et des hématomes commençaient à apparaître... Et puis j'ai compris. Des streetcutters. Une arme immonde qu'on croise dans les pires zones de guerre du globe, là où la morale et l'humanité ont déserté depuis longtemps et où les hommes devenus des bêtes commettent les pires atrocités.
Il lui fallait des soins dans les 5 minutes.
L'hôpital le plus proche était à 45.
Il était condamné.

Le reste des évènements est flou. Seul me reste dans la mémoire, gravé comme dans du marbre, le regard de Lead au moment où il a compris. Pas de peur, pas de désespoir, pas même de haine. Une résignation tranquille, vaguement insolente, et une étincelle dans les yeux au moment de s'armer de grenades pour s'offrir un grand final.
Je lui ai promis que je ne l'oublierai pas.
Non pour ce qu'il a fait pour moi sans même me connaître... non, je pense définitivement que me sauver la vie était la chose la plus stupide qu'il ait faite...
Mais pour cet aplomb. L'attitude de l'homme qui ne craint pas la mort - et qui, partant, est prêt à tout.
Serai-je un jour cet homme-là...?

On est allés dans un rade, le Smelly Cat. Un bouge de quatrième zone, infâme, recueillant la lie de l'humanité. Penser que ma mère a fréquenté des lieux pareils est quelque chose qui dépasse l'entendement. Je peux concevoir qu'une triple A ait ourdi une machination horrible pour vendre des pseudo-vaccins, mais imaginer que Britanny Hopper a un jour foulé le sol poisseux d'un bar à runners, ça j'y arrive pas.
Peut-être parce qu'à un moment, elle avait cessé d'être Britanny Hopper pour devenir Io, monstre cannibale, machine de guerre aux ordres de la Faucheuse.

Je m'emporte. Il faut que j'arrive à me calmer et à prendre du recul par rapport aux évènements, pour les présenter objectivement.
Et pourtant... ai-je vraiment envie de raconter la suite ? Ai-je envie de montrer au monde mon vrai visage, celui qui se cache derrière ce masque impassible, vaguement triste ? Suis-je prêt à montrer le mal qui s’éveille en moi, dont je ne connais ni la forme ni la source, et qui se développe dans le creux des plaies, à l’abri des regards, masqué par les traits encore enfantins d’un garçon naïf qui n’a jamais voulu grandir ?

Je ne suis  pas prêt à l’assumer. Pas tout de suite.

Oh et puis merde. J'ai besoin d'en parler. Et je n'ai plus personne à qui le faire. Ma mère et Rose-Mary sont mortes. C'est ce qui arrivera à mes anciens amis si j'essaie de reprendre contact avec eux. Johnny, Steamer, Xo et Nicky sont Dieu sait où... (parfois ils me manquent un peu, et me dire que c'est la chose la plus proche d'une famille que j'ai connu ces derniers temps me fait peur...)
Il y a bien Welson, mais il est pas du genre causant, et j'ai pas envie de l'emmerder avec mes histoires alors que ça se voit qu'il est miné par la mort de Lead (et de combien d'autres?). Et Kavinsky... ce type est sur une autre planète. Son dévouement pour Mac Lear est aussi malsain que celui de Welson. Quoi qu’il en soit, contrairement à la Steamer team, ce sont des vieux de la vieille, des types qui ont bourlingué, et ça se voit à leur gueule qu'ils ont une longue série de casseroles derrière eux... Des vieux runners, de vrais criminels, j'ai rien en commun avec eux...

Ne reste qu'Angus, Angus Mac Lear.
Mon tuteur légal.
La seule famille qui me reste, après qu'il ait tué toute celle que j'avais.

[L'écriture devient nerveuse et de plus en plus difficile à lire]

Il m'a trainé jusqu'à la réserve du Smelly Cat. Je lui ai dit qu'il semait le malheur partout sur son passage, que ses proches mourraient tous les uns après les autres, je lui ai craché ma haine au visage en espérant que ça me soulagerait de cette douleur atroce qui est en train de me rendre fou.
"C'est une malédiction". Il m'a dit : "C'est une malédiction".
La peur, dans ses yeux... Peur de moi, peur de ce que je deviendrais, peur de lui aussi peut-être, va savoir, mais la malédiction et Fragaragh et la folie et l'Eveil et la moisson des âmes avait commencé avec l'automne, et elle ne prendrait fin que pour recommencer.

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21/10/2071, Punta Cana

J'essaie de faire taire la douleur dans le rhum et dans l'exercice.
Angus Mac Lear a décidé de m'apprendre à me défendre.
Je crois qu'il se doute - mais je ne pense pas qu'il sache - à quelle fin je joue l'élève modèle pendant ses entraînements.
Mais le jour viendra où je serai devenu assez agile et rapide pour l'avoir, et ce jour-là... ce jour-là, la malédiction pourra prendre fin, et je serai enfin en paix.

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02/11/2071, Seattle

Aujourd'hui, nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de maman.
Le cimetière de Bellevue est joli à l'automne. Les arbres flamboyants égayent la grisaille du décor, et laissent un tapis de feuilles qui craquellent doucement sous nos pas. Tout est silencieux, aucun passant ne vient troubler ce calme. On est seul - dans le temple de la Mort aucune compagnie n’est permise.
(J'ai vu Mac Lear contempler un arbre avec hébétude. Je crois qu'il devient un peu fou lui aussi. A moins qu'il ne l'ait toujours été.)

Maman repose à côté d'Enoch. J'ai vu les archives. Je pense que ça lui aurait fait plaisir, de partager ce dernier bout de terre avec un compagnon d'armes.
Angus Mac Lear est venu avec Will, qui est sorti de l'hôpital. C'est à peine si j'ai reconnu l'homme des vidéos et des photos. Il a perdu un bras, une jambe, pire : son sourire. Ses yeux ont le regard de Lead, le même défi du condamné face à la mort. Parce qu'il est déjà mort, je l'ai vu à travers son âme, il est mangé peu à peu de l'intérieur par la corruption et par l'horrible maladie, celle-là même qui a dû laisser des morsures dans mon corps depuis quelques mois.
Il me regarde avec compassion et un peu de curiosité. Maman a dû lui parler de moi. Elle avait l'air de beaucoup aimer Will. Je suppose qu'elle ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable et de prendre soin de lui...
Merde. Faut que j'arrête. Je suis en train de devenir jaloux d'un mage fou qui va mourir dans quelques mois, seulement parce qu'il a passé ces deux derniers mois avec ma mère qui m'a abandonné.
Non. Je me trompe de cible. Je sais contre qui doit être dirigée ma haine.

Will aussi est habité par la haine, mais la sienne a un visage, un visage qui bientôt volera en éclats sous la pluie de plomb et de rage que la Faucheuse abattra sur Los Angeles. Le type qui a fait de Will un monstre, Richter, occupe là-bas un poste de chargé de communication pour Aztechnology (la vie n’est-elle pas délicieusement ironique ?). Angus Mac Lear a retrouvé sa trace, et l’a offerte à Will sur un plateau – comme s’il n’y avait pas de cadeau plus précieux que la vengeance, une vengeance pure et glacée, comme apportée par le vent d’automne.

Je ne sais pas bien ce qu'ils ont prévu de lui faire - ce que Will a prévu de lui faire. Je crois que je n’ai pas envie de le savoir.
(Quand ce sera mon tour, je veux que ça soit intense et nouveau, comme une première fois.)
 

Dire que j'avais presque oublié…

C'est mon anniversaire. J'ai 21 ans.

J’ai attendu ce moment toute ma vie. Toute ma vie j’ai rêvé du jour où je deviendrais enfin adulte, avec des droits, des responsabilités que j’avais hâte de prendre, ce jour où on commencerait enfin à me prendre au sérieux, où je pourrais devenir un homme, épouser la femme que j’aime… ce jour où ma mère, en me réveillant d’un baiser sur le front, me regarderait avec ce mélange de fierté et de nostalgie qu’elle avait parfois, quand elle remarquait que je grandissais.

 

Aujourd’hui, seuls les yeux froids et vifs – quasi inhumains – d’Angus Mac Lear se tournent vers moi lorsqu’il me rappelle, impassible, cette date tant attendue – avec cette distance dont j’ignore si elle est naturelle, si elle m’est dirigée, ou si elle est la conséquence de sa folie.

 

Dieu merci, je suis libéré de son emprise. Maintenant que j’ai 21 ans, il n’a plus aucun droit sur moi. Devrai-je m’en réjouir ? J’en doute. Un homme qui prend la liberté de faucher les âmes des personnes chères s’encombre-t-il des règles et des lois ? Avec le recul, je pense qu’il m’a donné ma liberté parce qu’il savait que je ne la prendrais pas.
 

Il m'a offert un cadeau : un Desert Eagle, le même flingue qu'a utilisé maman ces derniers mois. J'ai vu les dégâts que cette horreur faisait. J'ai pris l'arme, suspicieux, puis surpris par son poids, émerveillé par la douceur froide de la crosse, excité par cet incroyable sentiment de puissance qui se dégageait de ce qui semblait désormais être une extension naturelle de mon bras. J'ai essayé de contenir ma fébrilité, et j'ai rangé l'arme.
Je crois qu'à ce moment-là, Angus Mac Lear a compris que je me rangerais à ses côtés.

03/11/2071

Trou noir.
Impossible de me souvenir de la veille. Tout est flou. Dans mon 'link, des passes VIP pour plusieurs des clubs les plus hype de la capitale. Je crois qu'on a picolé, beaucoup, Kavinsky a dansé avec des filles, Will a pris de la coke, j'ai dit de la merde, ils m'ont montré les photos du mariage d'Angus et de maman (elle avait l'air tellement heureuse...), et puis on a fait la tournée des boites, on a trinqué aux morts et aux vivants, et en faisant ça je ne sais pas vraiment si on se considérait parmi les premiers ou les derniers, parce qu'on était vides et désespérés et qu'on brûlait là nos dernières cartouches, pour faire semblant encore d'exister.

On part à Los Angeles.

Webcomic

Comme les nouvelles, mais avec des images en plus !