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Leoric
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Last seen: Il y a 1 jour 11 min
Joined: 21/08/2012 - 09:52
C'est quoi pour vous une Shadowrun ?

C'est quoi pour vous une Shadowrun ?

Tout est dans le titre, mais pour preciser un peu ma pensée, vous vous faites quelle idée de la naissance d'une Run? Les motivations, les moyens, comment les "civils" (corpos ou non) en viennent à se dire "sur ce coup là il va falloir taper sous la ceinture, on va enfreindre la loi avec tout ce que ça comporte comme risques, mais le ROI vaut la chandelle" ?

Et derriere ça, quel genre d'operation ou de motivation justifie d'organiser une run, plutôt que d'autres moyens (corruption, company men, rachat agressif, lobbying, etc.) ?

Y a-t-il des jobs que l'on confierai plus frequement à des runners grace à leurs skill-sets si variés? Des choses qu'une organisation ne saura simplement pas faire? Ou les runners sont simplement des flingues à louer (et dans ce cas autant embaucher des mercenaires directement, ils sont moins idéalistes) ?

J'ai fini par me dire que les runners sont employés parce qu'ils sont capables de réaliser des jobs infaisables ou particulierement compliqués, necessitant de coordonner des actions sur differents plans (astral/matrice/physique), face à des contre-mesures de pointe mais pour lesquelles ils ont les competences pour les déjouer.

NMAth
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Last seen: Il y a 1 jour 8 heures
Joined: 21/08/2012 - 20:59
La réponse dépend largement

La réponse dépend largement de la façon dont on conçoit l'univers de Shadowrun.

Shadowrun et le cyberpunk des débuts se fondaient sur l'idée de mégacorporation monolithique, prenant en compte tous les aspects de la vie : mettre son survêtement Ares et prendre sa voiture Ares pour sortir de son lotissement Ares aller acheter des munitions pour son pistolet Ares et une canette de soda Ares. Dans ce paradigme, le recours à des personnes extérieures à la corporation est, avant même de parler du nombre d'articles du code pénal qui seront violés, une transgression de l'ordre des choses.

Mais le fait est que, dans le monde réel, la tendance est à une sous-traitance toujours croissante. Ce mode de fonctionnement occupe une place centrale dans l'organisation du monde actuel, et il est pour le moins naturel qu'il pénètre notre imaginaire. De plus, la caractérisation des mégacorporations (on peut même parler de personnification) est souvent plus parlante et facile pour un auteur quand on peut les associer à un domaine d'activités ou quelques produits précis. Mais dans un univers où chaque produit ou service est fourni par une ou deux corporations spécialisés dans ce domaine, l'idée d'externaliser des opérations est moins choquante et on s'attendrait à trouver des corporations comme Blackwater ou Black Cube.

C'est d'ailleurs le chemin qu'à suivi Shadowrun s'agissant des "groupes de mercenaires" : là où ils tenaient plus du gang qu'autre chose dans Fields of Fire, ils ont par la suite été décrit comme des corporations à part entière. Mais contrairement à ce qu'on aurait pu penser (moi le premier), la vie réelle nous montre que l'existence de sociétés spécialisées n'a pas fait pour autant fait disparaître les équipes informelles quand il s'agit d'exfiltrer l'ancien PDG d'un groupe franco-japonais vers le Liban.

Ceci étant dit, j'ai l'impression que l'imaginaire commun tend malgré tout vers l'idée que toutes les corporations devraient avoir caché dans leur organigramme une unité secrète de commandos surentraînés, dont le MJ a forcément besoin qu'elle soit capable de rivaliser avec des shadowrunners pour que le combat ait de la gueule - plus largement, les besoins du MJ tendront à faire que la moindre escouade de sécurité ai suffisament de passes d'initiative et de capacités magiques. Mais ça peut beaucoup varier d'un MJ à l'autre, et même d'une édition à l'autre. J'ai tendance à dire notamment que les niveaux de compétences et les règles de création de personnage de la quatrième édition sous-entendaient, sans jamais l'énoncer clairement, que les PJ appartenaient dès le départ à l'élite, là où les personnes des première ou deuxième éditions étaient plus ordinaires.

La règle générale qui conduit à la généralisation de la sous-traitance, c'est l'économie d'échelle. Une corporation n'aura pas intérêt financèrement à former, équiper et salarier une équipe qui ne sera utilisé que quinze jours par an. C'est là que le sous-traitant intervient pour proposer de mutualiser les coûts entre ses différents clients. A contrario, quand l'organe crée la fonction, une corporation qui a mis sur pied son commando aura tendance à chercher des occasions de l'utiliser (c'est peu ou prou ce qui s'est passé dans les années 1990 et 2000 pour les forces spéciales de la plupart des forces armées, à qui on confiait un nombre croissant de missions qui auraient pu être menée par les forces régulières si elles avaient elle aussi eu les moyens de s'équiper et de s'entraîner).

D'un coté, je trouve souvent les joueurs un peu trop branque pour me dire que les shadowrunners constituent un réservoir de compétences rares et précieuses, et que les corporations ne disposent pas d'équivalent. D'un autre coté, certaines capacités des personnages, en matière de piratage informatique, de sorts tels que l'invisibilité ou le contrôle mental, ou même la possibilité de neutraliser une équipe du SWAT en 10 secondes, doivent nécessairement être rares pour que le tissu économique et sociale garde un semblant de stabilité.

Un aspects du cyberpunk qui s'est, je trouve, un peu perdue, était l'idée que ca n'était pas les personnes compétentes qui sont rares, mais les personnes prêtes à se faire charcuter la moëlle épinière ou à se connecter en mode chaud à la Matrice. Mais les auteurs et les MJ de Shadowrun n'ont jamais tout à fait réussi à tenir cette ligne parce que la-magie-est-belle-et-naturelle-et-écologique et que donc ce principe s'applique difficilement aux magiciens, et aussi parce que s'il n'y avait qu'une poignée de marginaux qui se risquent à avoir des réflexes câblés, les combats contre les forces de sécurité tournent court (sur le premier point, je me dis que l'univers de Shadowrun aurait pu emprunter une route, disons intéressante si la magie avait été quelque chose de beaucoup plus sale, où tu perds littéralement ton Essence à force de faire couler ton sang et de sacrifier des animaux pour communier avec les abyssses, plutôt qu'avec le monde colorée des émotions).

Pour revenir au sujet de départ, j'imagine personellement les shadowruns en premier lieu comme une invention corporatiste. Ce sont les cadres de quelques corporations qui sont allés voir des mafieux, des anciens flics ou des anciens espions, qui sont devenus les premiers fixers, pour trouver des gars qui peuvent faire contre de l'argent. Au fur et à mesure, les exécutant ont crée leur propre culture et leur propre communauté (d'une façon qu'on pourrait comparer aujourd'hui à ce qui se passe chez les livreurs) et toutes les corporations, puis les gouvernements et d'autres, se sont mis à recourrir à leurs services pour être sur un pied d'égalité.

J'avais commencé à imaginer une génèse du shadowrunning, avec la figure quasi-mythologique du premier "Mr. Johnson", un colonel de la Defence Intelligence Agency américaine, impliqué dans l'incident du Lone Eagle, puis passé dans le privé pour aider Shiawase à accroître son implantation aux Etats-Unis. L'expression "Shadowrun" a été inventée sur un coin de table en collant ensemble deux idéogrammes dans un Powerpoint destiné à la direction japonaise du groupe, avant d'entrer dans le jargon de l'équipe qu'il dirigeait. Tous les cadres de son équipe se sont ensuite vu offrir des ponts d'or par mégacorporations, contribuant ainsi à diffuser le terme.

Bon, là, j'ai déjà fait un pavé et je n'ai même pas encore commencer à aborder ma vision du processus de conception des shadowruns...

Blade
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Last seen: Il y a 14 heures 1 min
Joined: 21/08/2012 - 10:32
Pour moi, y'a différents

Pour moi, y'a différents niveaux de Shadowrun. Peut-être qu'à une époque c'était un truc ultra rare et spécialisé, qui demandait l'aval d'un comité de direction, mais avec le temps, tout le monde a commencé à faire un peu pareil. 

Il va toujours y avoir ces grosses runs où la corpo joue gros, mais on va aussi avoir Tom, le sous-directeur de la division cosmétique qui en a marre que ses budgets diminuent au profit de la division biotech et qui va du coup s'arranger avec son pote de la sécu qui a des contacts dans le milieu et peut lui trouver une équipe qui va faire planter le projet phare de la division biotech.

D'ailleurs, le patron de la division biotech est lui aussi dans la merde : il a promis un produit révolutionnaire, mais ses équipes sont loin d'y arriver. Mais comme il y a joué sa place, il est prêt à recruter quelques consultants qui vont aller piquer le produit de la corpo d'en face. Au moins un proto à montrer pour la prochaine visite du patron.

On passe par là non pas parce que c'est plus efficace ou moins coûteux, on passe par là parce que c'est la solution la plus simple.

_____________________________________________ Muscles, sang, sexe, intelligence... et carreaux.

NMAth
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Last seen: Il y a 1 jour 8 heures
Joined: 21/08/2012 - 20:59
Oui, je pense aussi qu'il a

Oui, je pense aussi qu'il a du y avoir une évolution historique. Quand le jeu commence en 2049, le shadowrunning est déjà quelque chose de défini, nommé et établi. Il y a, dès les premiers suppléments, des shadowrunners vétérans et même à la retraite, des employeurs dont on se demande comment ils ont pu être mis en relation avec les PJ (je pense notamment à la zoocanthrope qui emploie les PJ dans le scénarion Eye of the Eagle), et Shadowbeat évoque même un plateau de talk-show mémorable en 2052, qui confrontaient des gardes de sécurité et des shadowrunners. Fields of Fire montre bien qu'il y a encore un débat sémantique d'arrière-garde avec la communauté des mercenaires, mais on peut penser que c'est plus une question de milieux qui ne se mélangeaient pas.

On peut imaginer que le shadowrunning a du apparaître vers le début des 2040, quand les cyberdecks et le cyberwaresont devenus plus largement disponibles sur le marché noir, mais c'est peut-être l'inverse et c'est parce que les corporations employait de plus en plus de shadowrunners qu'elles ont commencé à alimenter le marché noir avec ces produits.

J'imagine que, dans les milieux corporatistes ou politiques, contacter un fixer est un peu comme acheter de la cocaïne de nos jours : tout le monde ne sait pas comment faire, mais si on ose poser la question, on finit, parfois assez rapidement, à trouver quelqu'un qui a un pote qui...

J'imagine un grande diversité de culture d'entreprises, voire dans les grands groupes, la culture particulière à une division.

- La corporation ou tout est strictement encadré, où il faut avoir suivi le module de formation "Johnson niveau III" depuis moins de quatre ans pour avoir le droit d'organiser une run seul, en remplissant le formulaire S4B.

- La corporation où personne n'en parle, jusqu'au jour où ton dossier est en train de se vautrer et qu'un collègue vient s'assoir sur ton bureau en te disant "Tu sais, je connais un type..." et tu découvre que le fixer qu'il te présente travaille avec la moitié de ton desk.

- La corporation où l'emploi de shadowrunners est strictement réservé au département des ressources spéciales de la direction de la sécurité, avec l'élaboration préalable des scénarios d'action par une équipe de quatre personnes du pôle de planification opérationnel régional.

- La même corporation, cinq ans plus tard, après que le chef du département des ressources spéciales ait sauté, où son successeur est tellement rétif à la prise de risque qu'il ne valide même pas un dixième des demandes, poussant la plupart cadres à monter des shadowruns eux-mêmes.

- La corporation où dans le cadre du tutorat, les petits nouveaux vont accompagner le chef de bureau pour rencontrer le fixer, voire une équipe de runners, pour savoir comment on fait, et où les idées de run doivent être pitcher à l'équipe pendant le stand-up meeting du mardi matin (parce que le SUM du lundi matin est en priorité consacré à la critique constructive des powerpoints de la semaine dernière).

- La corporation où l'emploi de shadowrunners est strictement et explicitement interdit par la charte éthique, à laquel tous les employés souscrivent. Sauf Béatrice, la secrètaire du directeur général, dont la part variable dépend des résultats globaux de l'entreprise, et qui , à l'insu d'absolument tout le monde, tappe dans la caisse de la DG pour monter des runs et s'assurer que ses primes ne risquent pas de baisser parce que manifestement, les gens de la division biotech n'avance pas sur leur projet et ne vont pas s'en sortir tout seul (il y a bien Michael de la RH qui se doute de quelque chose, parce que c'est quand même bizarre que Béatrice ait eu "dans ses relations" un docteur argentin, spécialiste de la simulation neuronale, qui vienne justement de quitter Renraku et soit intéressé pour rejoindre la corporation une semaine après que l'équipe de recherche ait fait remonter au directeur général un problème de modélisation de l'interface neurale qui risquait de repousser de quatre mois la sortie du produit).

Fenix
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Last seen: Il y a 3 semaines 2 jours
Joined: 25/08/2012 - 09:42
Une shadowrun, c'est "une

Une shadowrun, c'est "une action ou série d'action visant à la réalisation de plans illégaux ou quasi-illégaux". Au délà de l'hérésie juridique du "quasi", on n'est pas avancé.

L'histoire n'est qu'un éternel balancier entre deux tendances, c'est au MJ de choisir à quelle moment du cycle il veut se situer. On parle ici (en reprenant ce qui a déjà été très bien dit), de choisir entre intégration/externalisation et immoral/toléré.

Et ça dépend de l'époque de rédaction du jeu : de la 2ème édition où les corpos sont monolithiques et intégrées à la 4ème où les runners montent des boites.

Au MJ de décider s'il veut un parfum années 80 avec des runners qui sont des marginaux dans un système quasi-étanche ou bien des prestataires parmi d'autres en compétition entre spécialistes.

Le système étanche n'est pas absurde : je pense que quelqu'un qui a les capacités d'esquiver le système de surveillance chinois actuel (#PersonOfInterest) dispose d'une certains attractivité s'il les complète avec d'autres compétences opérationnelles.

Il y a aussi la problématique de l'état d'esprit, côté commanditaire comme runner.

Les commanditaires privées ne peuvent internaliser le truc que s'il sont dans des logiques étatiques. D'expérience, la plupart des grands directeurs de nos jours sont ramenés à l'état unicellulaire quand on les met en situation de crise. Alors manipuler des concepts de vie et de mort, c'est plutot l'apanage des états. Nos politques réagissent peut être mal mais ils réagissent sur ces questions. Une forumienne que je ne nommerait pas avait fait un exercice de crise simulant un attentat sur une boite privée : la réponse du COMEX avait été catastrophique. Du coup, pour commanditer ça avec un bataillon de M. Johnson salarié qui supervisent vraiment les runs, sans parler de crosser les runners, faut des corpos qui jouent le role des états. Ce qui n'est pas aburde dans un monde totalement capitaliste tel que le cyberpunk. On s'est toujours dit que les corpos n'iraient pas sur les poubelles et autres services publics non rentable. Ben rien n'empêche de faire payer, la gestion des déchets va devenir critique.

Côté runners, ils ont un avantage certain : ils pensent autrement. Un opérationnel d'un corpo sera prévisible à terme. Du coup, engager des types totalement extérieurs prends sont sens. Et je suis d'accord que concentrer des profils aussi variés n'est pas courant et rend les runners assez intéressants.

S-S-P
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Last seen: Il y a 3 mois 3 semaines
Joined: 22/08/2012 - 21:10
Pourquoi donc embaûcher une

Pourquoi donc embaûcher une équipe externe de branquignoles composée d'un razor boy psychopathe, d'un decker drogué, d'un shaman psychotique et d'un face sociopathe alors qu'on pourrait faire bien plus efficace en gérant tout ça en interne ?

Laissez-moi reprendre cet exemplaire du "Corporate Download" sur mon étagère, chapitre sur la Cour corporatiste.

"Si vous [on parle des corporations ici] cassez, tuez, volez, détruisez ou abîmez de quelque manière que ce soit la propriété d'une autre corporation et que votre victime est en mesure de le prouver, vous devez régler la facture. La leçon est claire : il ne faut pas vous faire prendre. Autrement dit, l'existence de la Cour corporatiste rend le shadowrunning incontournable. Elle n'est pas belle, la vie ?"

C'est juste pour dire "on ne savait pas/c'est pas nous/c'est un complot" que les corpos envoient des Johnsons "disposable assets" recruter des runners "deniable assets" dans des bars bardés de CCCCCME.

A noter que le même bouquin a un chapitre sur les agents corpos, ces runners embaûchés en direct par une corpo. Ma compréhension est qu'il ne font pas le même type de missions.

"Avec mon mépris, vous aurez mon poing dans la gueule qui que vous soyez, quelques muscles que vous puissiez transporter, quelle que soit la connerie, en même temps que les muscles, que vous puissiez transporter." Claude François.